Castro - Guévara
"Soit tu meurs en héros, soit tu vis assez longtemps pour te voir endosser le rôle du méchant"
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Dans ma vie, j'ai rarement eu de héros.
"Ta vie m'intéresse", c'est ce que je me dirai à moi même si j’étais vous. Certes, mais en fait c'est pour en venir au thème ...
Le Che est mon héro.
Je sais, c'est assez banal, cette petite complaisance textile de lycéen en quête de mythes héroïques et révolutionnaires (question d'appartenance?).Peut être, mais moi je dois dire que c'est assez récent. Toujours est-il que j'ai jamais eu d'attirance particulière pour Che Guevara, (sans doute la barbe) jusqu'à la sortie des deux films qui lui sont consacré, à savoir "le Che - l'argentin" et "Guérilla".
J'ai été bluffé.
Évidement mon héros n'est que l'interprétation de Soderbergh grâce à Bénicio Del Toro et peut être que le Che était un sombre con. Mais là, dans ce film, il dégage un charisme, une puissance, que tu prendrais ta valise, du talc anti pue des pieds, ton plus beau slip kaki, le guide de la révolution ...
Et tu le suivrais, enfin.
Je sais pas si vous voyez bien la puissance de quelqu'un qui sait exactement où il va, cette force attractive, qui fait que tu ne peux que suivre un guide comme ça. Cette âme de leader qui l'élève presque au rang de dieu.
"Suivez moi, c'est par la!" (C’est de moi, mais il aurait pu le dire)
Cette force qui l'habite est perceptible tout le long du film, cette homme qui peut être dur a certains moments et compréhensif à d'autres, qui prend son arme pour libérer un peuple, ou plutôt pour lui donner, sa conception de la liberté. Il est un espoir, Il est cet homme qui a lutté, et il est ce que le monde veut qu'il soit. Un héros, et c'est le cas dans ce film, il est un héros.
Hélas, tout ça n'est qu'un rêve. Cette homme est un phantasme pas un être réel. La fonction sacralisante de la mort, de cette absolu inconnu, sublime la victime opprimée mais résistante et la transforme en véritable légende.
Ernesto Rafael Guevara de la Serna était bien un homme, et la lutte armée ne fait pas dans le détail, même guidée par monsieur Ernesto. « La lutte armée » c'est une jolie appellation mais c'est bien de la guerre dont il s’agit, et si tu déranges ou que tu n'es pas en accord avec la guérilla et bien tu meurs. Et les mains du Che sont aussi salles que toutes les factions se retrouvant dans cette situation aux quatre coins du globe, il n'y a pas de guerres propres et les cubains n'y échappent pas, paysans, gros propriétaires terrien, régimes opposant…, enfermés et exécutés.
Pour certains qui pousseraient un peu, me disant, oui mais pas lui ... Si! Che Guevara a organisé des exécutions sommaires de centaines de prisonniers et a aussi participé...
Non, ce qu'aime l'occidental comme moi c'est le Che, pas Ernesto Guevara, l'homme réel. Il aime le héros, qui a résisté contre les méchants oppresseurs, pour la liberté, peut importe ce qu'est devenu cuba, la définition du Che, s'arrête avec sa mort.
"Soit tu meurs en héros, soit tu vis assez longtemps pour te voir endossé le rôle du méchant"
Il est peut être là, (dans cette tirade de Harvey Dent dans le dernier Batman de Nolan) le virage qui séparent les deux amis de la lutte armée cubaine. L'un a accepté le pouvoir, l'autre y a renoncé, Fidel a pris direction du pays et le rôle du méchant par la même, le Che a continué la lutte jusqu'à la mort et est devenu un héros.
Castro le dit lui même "Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement"
Finalement, le Che poursuit un rêve, sans jamais aller jusqu'au bout, et sa conclusion par la mort, lui donne la puissance de l'œuvre inachevée n'ayant jamais touchée au pouvoir. L'homme libéré par la mort et donc non-perverti par l'implacable et froid réel du monde, restant dans l'idéal de la théorie, sans jamais entrer dans la pratique.
A l'image de l'enfant, qui reste le symbole de l'innocence et de la pureté car protégé par ses parents jouant le mauvais rôle, le Che est le héros n'ayant pas accédé à la désacralisation, il est le symbole de la lutte, de l'utopie, illusion puissante mais jamais aboutie. Utopie se trouvant au final détruite par sa propre réalisation sans que le Che n'y soit mêlé.
Le Che n'est qu'un homme.
Alors on range son tee-shirt, il est 23 ans dans l'horloge de votre vie, et c'est l'heure de rentré dans le rang, de se résigner, d'être sérieux, d'endosser la peau du méchant, de l'adulte, (qui comprend, au passage, vraiment rien a ce que ressentent les ados)
Le piège se referme sur votre vie, votre enfance et votre utopie son terminées, il est temps dans rentrer dans la pratique, d'utiliser le pouvoir (acquit par les études) ou lutter pour un peu plus (si vous pensez ne pas avoir eu votre part)
On devient sérieux, on devient responsable, on devient un homme, on devient le méchant.
Alors oui, le Che incarne le phantasme révolutionnaire, ("un autre monde est possible") de l'homme occidental aux prises avec sa conscience. Mais l'utopie ne fait pas long feu face aux obligations de la vie, de l'action, vous avez mal au cœur mais vous êtes vivant. Et souvenez vous, pour vous rassurer, que les héros historiques ne connaissent pas la maison de retraite. Alors que vous ya des chances.
Triste ironie, le Che, rattrapé par son propre ennemie, se voit exposé au monde sur tous les supports possibles et imaginables du système de consommation capitaliste. Aurait-il lutté jusqu'à la mort, sachant un jour, sa tête reproduite sur des tee-shirts, vendu 2 euros à carrefour ?
Vladimir Illich Oulianov Lénine (et ce n’est pas dans "Sergent Papper") disait « le capitaliste vendrait jusqu’à la corde destinée à le pendre » Le Che en est un bel exemple.
Sa vérité valait pas plus qu'une autre, mais de là à se retrouver dans une telle situation, il y a vraiment de quoi a se demander si le hasard ne pousse pas un peu parfois.
Notez que le transfert est facilement faisable avec les grands hommes actuels. Barack Obama, ne pouvant éviter un Ravaillac ou un Lee Harvey (sans le lui souhaiter), deviendrait demain un héros. Aujourd’hui il t'encense comme le nouveau sauveur, demain les mêmes te jetterons des chaussures. Car il n’est pas un héros ni un sauveur, il est un homme. Et la confrontation au réel de la mondialisation, réduira bien vite le « petit » élan social de nos amis face atlantiques.
Les héros c’est comme les dieux, c’est dans la mort qu’on les trouve. Et les deux ont ça en commun qu’ils donnent l’espoir, la religion comme la révolution (ou même une élection présidentielle) promettent un "Demain, tout ira mieux , tu verras". Et l’espoir c’est la vie, non ? c'est croire en un monde meilleur, un monde qui progresse, qui va dans le bon sens.
L’homme a donc besoin de dieux et de héros pour vivre, mais la vie face au réel a du mal à les lui donner, la mort en revanche s’en charge aisément.
Finalement c’est peut être la mort qui donne l’espoir.
Si j’étais un peu gaufré je pousserai jusqu'à Jésus, mais je suis un lâche, alors non. (La religion c’est sacrée …)





































